Les incertitudes en hydrobiologie

Avec l’intégration de l’hydrobiologie dans les programmes de surveillance des masses d’eau sont apparus de nouveaux concepts : l’hydrobiologie est désormais une « mesure », qui fournit un « résultat » sous la forme d’une liste taxinomique assortie de l’abondance de chaque taxon. Cette vision répond aux prescriptions méthodologiques de la Directive européenne sur l’eau.

Cette même directive, ainsi que les textes qui la transcrivent en France, précise que les mesures hydrobiologiques, au même titre que les mesures physico-chimiques ou chimiques, doivent faire l’objet d’une estimation de leur incertitude afin d’assortir l’évaluation de l’état écologique des masses d’eau d’un degré de confiance.

Les méthodes hydrobiologiques ne sont pas comparables à celles utilisées pour la chimie, puisque ces « mesures » ne répondent pas de la même façon aux principes de la métrologique. Il a donc été nécessaire de définir une approche spécifique pour caractériser les incertitudes dans les protocoles employés pour acquérir les données hydrobiologiques, ainsi que l’impact de ces incertitudes méthodologiques sur l’évaluation finale de l’état des masses d’eau.

En 2011-2013, une approche systémique avait été entreprise par Irstea (Virginie Archaimbault – MALY Lyon) sur la méthode « macroinvertébrés en cours d’eau », avec l’appui des laboratoires de DREAL. Les résultats montraient des tendances significatives, et permettait d’évaluer les sources principales d’incertitudes pour cette méthode.

En 2014, une réflexion a été engagée sur la notion d’incertitude dans les mesures hydrobiologiques, pour en définir les bases d’évaluation, tenant compte de la spécificité de ce domaine et de chacune des méthodes.

Cette réflexion s’est concrétisée par un programme d’étude systémique pour plusieurs méthodes :

Les diatomées et les macrophytes en cours d’eau ont fait l’objet d’un programme pluriannuel visant à caractériser par l’expérimentation les effets inter-opérateurs sur plusieurs aspects méthodologiques : l’application des plans d’échantillonnage sur le terrain, les relevés et échantillonnage, le traitement en laboratoire, l’établissement de la liste floristique. Pour les macrophytes, un modèle de l’effet des confusions taxinomiques et de leur propagation dans la méthode d’évaluation a également été élaboré.

Le programme Aquaref a aussi permis de développer des recherches sur les incertitudes des méthodes d’échantillonnage « poissons en plan d’eau » (UR RECOVER Aix-en-Provence).

Ces programmes de recherche et développement arrivent à leur terme en 2018. Ils mettent en évidence les principaux facteurs d’incertitude et d’erreur. Outre l’intégration de ces notions dans les règles d’évaluation, les retombées concernent l’amélioration des méthodes, l’orientation de la formation des opérateurs, la définition des besoins en documents et outils d’encadrement pour l’application harmonisée des méthodes.

Les séminaires d’Aquaref De la maîtrise de la qualité des données à la prise de décision : quid des incertitudes ? (décembre 2011) et Amélioration de la qualité des données de surveillance en chimie et en hydrobiologie (juin 2013) ont permis de présenter ces résultats et de développer ces concepts. En décembre 2017, un séminaire de restitution de l’ensemble des programmes menés de 2013 à 2017, organisé sous l’égide de l’AFB, a permis de faire le point sur les enseignements de ces travaux et de lancer le débat sur l’utilisation de ces notions d’incertitudes par les gestionnaires et les décideurs. Le programme de ce séminaire et les interventions sont disponibles sur le site des JET de l’AFB 

 

 

Contact :

Christian Chauvin – Irstea UR EABX, Bordeaux